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Economie et Politique_Renseignements

EPR - André Mascardi

Economie et Politique_Renseignements

L’HYPOCRISIE DE M. MOSCOVICI !

D’un côté, le ministre français de l’économie et des finances fustige Chypre dans son ensemble, sans discernement, en proclamant qu’il faut en finir avec cette économie de casino. De l’autre, il prétend défendre les petits épargnants chypriotes mais… il propose de les taxer à 6,75 %, comme  : « Pierre Moscovici envoie un message aux épargnants chypriotes. La France est favorable à une meilleure protection des petits épargnants à Chypre, qui pourraient être taxés à hauteur de 6,75% dans le cadre d'un plan de sauvetage de l'île » (AFP, 18/03/2013).

Il représente parfaitement l’attitude actuelle du parti socialiste qui ne sait plus vers quel système économique se tourner : SAINT SOCIALISME OU SAINT CAPITALISME ?

Quid des beaux discours de François Hollande contre la finance internationale ? Quid des anathèmes jetés par Arnaud Montebourg contre la City de Londres et les marchés financiers ? Où sont dans tous cela les valeurs humanistes et sociales défendues par le Parti socialiste français et la lutte contre les inégalités…

Ce qui est en jeu, ce ne sont pas les avoirs russes – la négociation a déjà eu lieu et nous n’en sommes aux modalités : 15 ou 20 % de prélèvement sur les capitaux russes placés à Chypre en contrepartie de quoi l’Union européenne leur garantit le rapatriement de 85 % sans doute dans un paradis fiscal -, mais les dépôts des petits épargnants chypriotes grecs. Que va-t-il leur rester ? car cette crise de liquidités va pénaliser toute l’économie du pays et par voie de conséquence les plus pauvres et les classes moyennes…

Je défends Chypre non pas uniquement parce qu’une partie de ma famille y habite (enfant et petits-enfants) mais parce que le peuple chypriote va payer les pots cassés, subir l’austérité et les restrictions, à cause de l’inconséquence de Bruxelles, incapable faire appliquer les accords sur les banques de Bâle 3 comme ce fut le cas depuis Jospin avec Bâle 1 puis Bâle 2. Une Union européenne qui associée à la BCE et sous l’égide de son conseil de l’union européenne (conseil des ministres) et sa commission mène le bal, celui de l’ultralibéralisme en refusant d’agir fermement contre la spéculation financière et les paradis fiscaux européens (qui sont légion) - car il n’y a pas que Chypre. Par ailleurs, M. Moscovici devrait s’informer et il saurait que les casinos comme l’hippodrome – partout où il y a des jeux d’argent, car côté grec c’est INTERDIT ! – sont dans la partie turque de l’île, là où sont investis d’énormes capitaux étrangers (parmi lesquels des capitaux russes et… français, entre autres) !

Depuis des mois, les entreprises et les magasins jadis si florissants, ferment les uns après les autres. La crise est partout et le contrecoup des dérives de la Grèce accentue ce phénomène qui touche tous les Chypriotes. Il n’y a pas que des russes à Chypre.

Lorsqu’on critique la position de Pierre Moscovici en disant qu’il est pour la finance internationale c’est reconnaître tout simplement qu’il adhère pleinement au paradigme libéral – comme une majorité de dirigeants européens, Barroso en tête - qui a permis à la finance internationale de détruire l’économie mondiale. Des marchés financiers responsables de la gangrène qui corrompt notre modèle de société.

Monsieur le ministre de l’économie et des finances seriez-vous plus libéral que George Soros (le plus gros spéculateur de la planète), Alan Greenspan (l’ancien patron de la Réserve fédérale des Etats-Unis), Warren Buffett (le plus gros investisseur et plus riche financier mondial), Paul Krugman et Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie), et aussi James K. Galbraith (président d’une association internationale d’économistes[1] et fils du plus grand économiste américain John Kenneth Galbraith), qui tous unanimement condamnent le système libéral qui a engendré une finance internationale incontrôlable, destructrice et principal coupable des crises à répétitions et en dernier lieu de celle des subprimes et de la récession économique qui va se transformer en dépression ?

Lundi 25 ou mardi 26 mars, il y a deux hypothèses :

1°) Soit l’accord – s’il y a accord – négocié entre l’UE et le gouvernement chypriote est ratifié par le parlement et dans ce cas là la BCE acceptera de couvrir à hauteur de 10 milliards les dettes à court terme (exigibles à quelques jours) de Chypre et de ses banques auquel s’ajoutera la taxation de 20 % des comptes de 100.000 euros et peut-être aussi de 4 % des autres comptes qui rapportera 7 milliards. Ce qui entraînera surtout l’appauvrissement des Chypriotes et ne résoudra pas pour autant le chômage et l’endettement à moyen terme du pays et des banques.

2°) Soit il n’y a pas d’accord du tout et dans ce cas la BCE ne versera pas les 10 milliards ce qui provoquera la faillite de l’Etat chypriote et de ses banques - mais même en Californie ou dans d’autres états américains déclarés en faillite cela n’a pas eu vraiment de conséquences – avec le risque d’exclusion de Chypre de la zone euro et de l’UE peut-être ? Dans cette hypothèse, le pays et les banques peuvent décider de ne plus honorer leurs dettes extérieures et continuer avec les fonds en euros en leur possession. Paradoxalement, cela pourrait être plus grave pour l’UE que pour Chypre. Pourquoi ?

En procédant ainsi la BCE perdrait de sa légitimité car il serait clair qu’elle défend les intérêts de la finance internationale (partisans de la rigueur et de l’austérité) et que plus aucun pays ne serait être à l’abri du même châtiment… Pire, l’euro pourrait chuter car si on élimine ainsi ne serait-ce qu’un autre pays (surtout si c’est un gros), nous pourrions avoir à long terme une zone euro diminuée et donc de moins en moins crédible. Par ailleurs, l’expulsion des chypriotes serait un évènement très grave car pour la première fois le nombre de membres de l’UE et diminuerait et cela conforterait les eurosceptiques et tous ceux qui ont toujours considéré que les élargissements successifs de l’UE et de l’Euroland étaient trop hâtifs et manquaient de cohérence. De telles décisions pourraient être catastrophiques pour l’avenir de la construction européenne.

Pour Chypre, nous pourrions assister à la mise en place d’un protectionnisme et à une politique de contrôle des changes - avec retour à la Livre chypriote convertible ou non convertible comme durant une partie de la crise argentine (1998-2002) - comme le fit la Malaisie lors de la crise asiatique (1997)[2]. Si la livre chypriote était convertible – il faut penser qu’il y aurait encore beaucoup d’euros en circulation ! – elle pourrait reposer sur les réserves en euros et en or détenues par les banques à Chypre, à l’étranger (par exemple dans les banques chypriotes turques), voir compter sur les fonds des expatriés chypriotes. Dans cette hypothèse, toute attaque inévitable contre la Livre chypriote, entraînerait sa chute et rendrait l’économie plus compétitive (hausse des exportations, développement du tourisme grâce à une baisse des tarifs). Une baisse excessive de la monnaie étant contrecarrée par une hausse des taux d’intérêts (théorie classique des monnaies).

La sortie de Chypre de la zone euro et de l’UE pourrait donc être une excellente opportunité à moyen terme pour l’économie de l’île. Mais une très mauvaise affaire pour l’Union et l’UEM.

IMAGINEZ LA SUITE ! - Chypre est un tout petit pays, avec un PIB d'environ 18 milliards d'euros (2012). La taxation des dépôts devrait rapporter environ 6 à 7 milliards d'euros, soit environ 1/3 du PIB ce qui est colossal -,  c’est comme si on taxait (proportionnellement) les Français de 660 milliards d’euros !

Nous ne pouvons pas rester les bras ballants devant ce déni de démocratie où l’on spolie le peuple d’un tout petit pays. Nos députés doivent prendre l’initiative de la proposition et de la défense des intérêts des citoyens les plus pauvres et même ceux des classes moyennes. Il est anormal que l’on cache la vérité d’un accord entre Barroso et Poutine : 30 milliards d’avoirs russes taxés à 20 % soit 6 milliards – le compte y est presque, la riche église orthodoxe apportera le complément – contre la promesse de sauver les 80 % restant (qui représente une plus-value encore de 50 à 100 % en quelques années)… Et laissons les petits épargnants qui ont économisé toute une vie de labeur tranquilles…

 

 

 

 

 

 

 



[1] Association internationale Economists for Peace and Security

[2] Des trois pays d'Asie du Sud-Est frappés de plein fouet par la crise financière de 1997-1998, seule la Malaisie n'a pas recouru à l'assistance financière du Fonds monétaire international. Pourtant, comparée à la Thaïlande et à l'Indonésie, elle s'est indiscutablement mieux redressée, même si sa croissance a été revue à la baisse pour cette année. La potion protectionniste du docteur Mahathir, administrée en septembre 1998 et composée de contrôles sur les mouvements de capitaux et sur les changes, a contribué au retour à une croissance de 8,1 % en 2000.

Depuis la crise et jusqu'à aujourd'hui, les diatribes du Premier ministre malaisien contre la mondialisation de l'économie en général et le FMI en particulier n'ont jamais vraiment cessé (Les Echos n° 18391 du 25 Avril 2001).

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