Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Economics and Politics Research

André Locussol-Mascardi - EPR

Economics and Politics Research

La découpe à la manière DOUX

com

Suite à la décision du tribunal de Quimper le 10 septembre 2012, l’empire Doux est dépecé : 4 sites à Glon Sanders et Duc (248 emplois), 2 sites à LDC (363 emplois) et 1 reste à Doux-Galina (135 emplois) sachant que Barclays Bank devient l’actionnaire majoritaire à cette date, et 3 sites sont abandonnés. Au total 45 % des emplois sont sauvegardés (746).

Que vont devenir maintenant les 55 % (896) licenciés passés par perte et profits ? La première priorité du gouvernement français étant le chômage – Obama dirait ma première, deuxième et troisième priorité - sans oublier tous les éleveurs, les sous-traitants et autres victimes collatérales de la déconfiture du groupe Doux.

Mais qui va payer les pots cassés ?

Comme pour les dettes faramineuses des banques (nous ne sommes pas au bout de nos surprises !) et des pays, faut-il qu’encore une fois ce soit le contribuable qui ‘casque’ ?

Quelle est la responsabilité des citoyens dans la dette de la Grèce, de l’Espagne, de l’Irlande, de la Hollande, du Portugal et de la France et celle des salariés de Doux dans celle de l’empereur déchu du poulet ? Quelle faute ont-ils tous commis ? AUCUNE…

Alors pourquoi doivent-ils tous ‘trinquer’ ?

Les errements et l’inconséquence de ces gouvernements et de ces capitaines d’industrie grenouillant pour devenir aussi gros que le bœuf jusqu’à imploser… ont conduit à la crise économique que nous connaissons aujourd’hui et au malheur de milliers et millions d’hommes pris en otage par un système économique et un modèle agricole obsolète qui en font des boucs émissaires idéaux.

Il faut que les coupables payent au sens figuré comme au sens propre. Mais où sont passés les millions de profits de l’empire Doux engraissé comme ses poulets par les restitutions européennes (plus d’un milliard en 15 ans) ?

Il est surprenant qu’aucun média ne se soit hasardé à enquêter dans cette direction ? OU EST L’ARGENT ? Comme lors du fameux match de football acheté entre Valenciennes et Marseille, l’argent est-il caché quelque part dans un jardin d’éden ressemblant à un paradis fiscal ? Par-ci par-là, les journalistes ont évoqué des suspicions de détournements de fonds du côté du Brésil, mais cela n’a pas été bien loin faute d’éléments tangibles ou par peur de représailles.

Pourquoi personne ne s’est-il posé la question de « l’abus de biens sociaux » compte tenu de l’opacité des relations entre Frangosul, son repreneur JBS Friboi et la maison mère Doux ? « Les investigations menées depuis plusieurs mois par le ministère public brésilien concernant les transferts de fonds de Frangosul, filiale brésilienne de Doux, vers sa maison mère ont débouché sur un classement sans suite. Soupçonné de fraude fiscale, le volailler, en redressement judiciaire, est blanchi ! le groupe a, cependant, selon les enquêteurs, eu un comportement "immoral". En cause, le retard de paiement de deux à trois ans de 2 700 agriculteurs alors que le siège français encaissait des dividendes de sa filiale » (L’Express, 04/07/12).

Cela n’empêchait pas un syndicat, un éleveur, un groupement d’éleveurs (même si les procédures collectives ne sont pas recevables en droit français) de chercher la vérité à partir du moment où leur avenir en dépendait. Il y avait entre autres la procédure de ‘signalement’ (utilisée fréquemment par les syndicats) qui aurait sans doute permis d’ouvrir une enquête de la brigade financière de la PJ ! Il n’est jamais trop tard compte tenu des nouveaux éléments sur cette affaire pour agir…

L'infraction d'abus de biens sociaux consiste, pour une SARL ou SA, à « faire, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de la société, un usage qu'ils savent contraire à l'intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou POUR FAVORISER UNE AUTRE SOCIETE OU ENTREPRISE DANS LAQUELLE ILS SONT INTERESSES DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT » (Art.L241-3 et art. L242-6 du code de commerce)

La réalité est qu’il y a eu spoliation des salariés et des éleveurs victimes de graves erreurs de gestion et de stratégie qui ont conduit au dépôt de bilan du groupe Doux.  Et, maintenant Charles Doux tente après avoir réglé ses comptes (paradoxe) de s’entendre avec Xavier Beulin (président de la FNSEA et de Sofiprotéol…) soi-disant pour le bien de la filière et de ses salariés ! Nous sommes en plein entre compromission et ‘combinazione’.  

La presse s’est contentée de poser des questions sans y répondre et sans aller enquêter plus loin d’autant plus que les soupçons qui pesaient sur Doux ont été levés au Brésil par la justice brésilienne : « Pourquoi Doux s'est-il séparé de sa filiale brésilienne ? … Que cache cette opération brésilienne? N'est-ce pas un rideau de fumée ? Y a-t-il des clauses secrètes ? … Mais c'est la question que se posent les pouvoirs publics. Qui ont déjà compris que le prétexte d'une location-vente ayant permis de mettre en place un «cordon sanitaire» pour protéger le groupe ne tient pas. C'est parce qu'ils ont refusé d'avaliser la douteuse manœuvre brésilienne que le directeur général Guy Odri et le secrétaire général Herrick Pinguet ont été écartés le 23 mai à la veille d'une réunion du comité central d'entreprise. » (Le Télégramme.com 06/07/12)

Mais des éléments accablants et aggravants pour Charles Doux sèment le trouble quant à sa probité. Après avoir été accusé sans preuve de malversations au Brésil, le doute subsiste d’autant plus qu’il a comme banquier et maintenant associé la Barclays Bank, compromise dans deux affaires extrêmement graves de manipulations de cours et de levée de fonds :

« Ces "banksters" qui ont ruiné l'image de la finance : Aide à l'évasion fiscale, blanchiment d'argent, escroquerie et fraudes en tout genre. La liste des errements des établissements financiers depuis le début de la crise s'allonge chaque jour un peu plus. Le récent scandale du Libor n'est que le dernier épisode en date des turpitudes de ceux que les Anglo-saxons surnomment les "banksters". Challenges.fr revient sur les plus grosses affaires qui, ces quatre dernières années, ont non seulement terni la réputation de la finance mais mis à mal les fondements de l'économie mondiale… La mise en cause dans l'opinion publique des banquiers ne fait que commencer. Tous les pays sont concernés, même si les dossiers s'accumulent autour des deux principaux centres financiers au monde : New York et la City de Londres. De la Barclays à Goldman Sachs, en passant par UBS, HSBC ou encore Dexia, nombre de géants de la finance sont impliqués » (Challenges, 10/08/12)

En effet, les dirigeants de la banque de Charles Doux reconnaissent que : « Barclays est une banque universelle solide... mais nous avons commis de sérieuses erreurs ces dernières années et clairement échoué à répondre aux attentes », a commenté Antony Jenkins, le nouveau Pdg de la banque. Par ailleurs : « Barclays confirme que le Serious Fraud Office (SFO, l'office britannique de lutte contre la délinquance financière, ndlr) a entamé une enquête sur des paiements effectués lors de certains accords commerciaux entre Barclays et Qatar Holding LLC », le principal fonds d'investissement du Qatar… Cette nouvelle enquête s'ajoute à celle de la manipulation des taux interbancaires britannique Libor et européen Euribor entre 2005 et 2009, pour lesquelles Barclays a dû payer cette année 290 millions de livres aux régulateurs britannique et américain. (Les Echos et l’AFP, le 29 août 2012)

Une banque qui sur son site en juin 2010 s’érigeait en donneur de leçons de morale : « Crise grecque: des raisons d'espérer ? Et si la crise grecque se révélait, à moyen terme, un mal pour un bien ? … Ce pays représente moins de 3 % du PIB (produit intérieur brut) de la zone euro. Il a triché sur son déficit public avant comme après son entrée dans l'euro - il l'a lui-même reconnu - et repoussé les réformes structurelles qui lui auraient permis de redresser la barre. La crise a également mis en évidence l'ampleur de l'économie souterraine grecque et la propension des Grecs à ne pas payer l'impôt. Bref, le pays avait tout du mauvais élève de la zone euro… Les investisseurs analysent désormais mieux les risques et ils s'en méfient. Dès qu'un placement devient hasardeux, ils préfèrent souvent retirer leurs capitaux et arbitrer en faveur de placements plus sûrs. Or, en l'occurrence, ils ont été les premiers à trouver étrange que les Etats grec et allemand, dont les déficits n'avaient rien de comparables, empruntent à des taux d'intérêt très voisins. »

Le ridicule ne tue plus au royaume de la finance quand on sait que c’est Goldman Sachs le pendant de la Barclays, qui a aidé la Grèce a dissimuler sa dette grâce à des montages financiers très complexes et que ce commentaire sur les taux d’intérêts figurait sur le site de la Barclays quelques mois avant qu’elle ne soit accusée de manipulations sur les taux bancaires. »

Lorsqu’on sait tout cela, comment ne pas tout envisager et ne pas croire qu’il existe derrière cette vitre sans tain, un savant montage orchestré par Barclays Bank composé de sociétés écrans offshores (comme dans l’affaire Takiédine pour échapper au fisc) installées dans des paradis fiscaux qui auraient englouti les millions de profits et les milliards de restitutions européennes du Groupe Doux - en toute légalité - pour peut-être ensuite les perdre sur la table du plus grand casino du monde, celui des marchés financiers ?

Car, enfin, il est rare qu’une entreprise passe en quelques mois de la lumière à l’ombre, de de dizaines de millions de profits à quelques centaines de millions de pertes même si la crise a bon dos !

En effet, les comptes de Doux 2010 (pour les comptes de 2011 on repassera ?) publiés au cours du 1er semestre 2011 affichaient des résultats exceptionnels et même un record « Une année 2010 marquée par une amélioration continue de la productivité » et « le retour, sur la durée, à une croissance rentable de nos activités » avec un CA de 1,406 milliards d’euros (+2,5%) et un résultat d’exploitation « record historique » de 137,4 millions d’euros (9,8 % du CA net contre 7,6 % en 2009 et 5,6 % en 2008). Et, pour mieux marquer cette euphorie, le site précise que « le Groupe Doux récolte aujourd’hui les fruits d’une politique courageuse en terme de choix industriels, de réduction des coûts et d’amélioration de sa productivité et confirme que sa capacité à réagir rapidement sur les marchés mondiaux constitue un atout majeur sur un marché de la volaille fortement concurrentiel… D’une manière générale, le Groupe s’est attaché à réagir en permanence aux fluctuations des marchés tant Export que marchés intérieurs (France et Brésil) en effectuant des arbitrages entre l’affectation de sa production et l’état des différents marchés. Cette réactivité stratégique permanente permet au Groupe de s’adapter rapidement pour bénéficier à plein des marchés les plus porteurs… Au Brésil, le Groupe a réduit ses volumes de produits basiques à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur les produits élaborés dont la demande est en pleine explosion. Les lancements produits et campagnes de communication afférentes auront été nombreux en 2010 et couronnés de succès puisque la marque LeBon s’impose désormais comme la marque leader sur la région du Sud du Brésil...* » et soudain en quelques mois patatras l’empire s’écroule ! Cherchez l’erreur ?

* ce texte est la copie conforme de ce que pourrait écrire un trader qui opère sur les marchés spéculatifs des produits dérivés (même mots, mêmes expressions !)

Print
Repost
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article